Un décret paru au journal officiel du 1er juillet 2008 crée un nouveau fichier policier dénommé « Edvige ». Pourquoi ce fichier soulève-t-il l’indignation et mobilise-t-il contre lui ?
D’abord, les raisons du fichage sont très floues et assurément plus que le précédent texte datant de 1991.Ce fichier concernerait potentiellement tout militant politique, syndical, associatif ou religieux.
Ensuite, son application aux mineurs est très critiquable. Si le Président de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) a rappelé l’attachement de cette Commission, au caractère exceptionnel de la collecte d’informations relatives aux mineurs, et à ce que des garanties renforcées y soient assorti, ce n’est assurément pas le cas dans le décret paru au journal officiel, puisque le fichage s’applique aux mineurs à partir de 13 ans « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». Il n’apporte donc aucune de ces garanties pourtant essentielles.
De plus, les données sont étendues à la vie sexuelle et des enquêtes sur l’entourage des personnes fichées sont rendues possibles.
Enfin, il semblerait, puisque ce n’est pas spécifié dans le texte du décret, qu’il n’existe pas de droit d’accès direct au fichier Edvige par les personnes concernées, ni de droit d’opposition aux données collectées.
C’est pourquoi, je considère que ce nouveau fichier porte gravement atteinte aux libertés publiques et au respect de la vie privée. En ce sens, il est caractéristique d’une dérive sécuritaire du gouvernement dangereuse pour notre vie démocratique. Le message politique est clair : « dès que vous vous impliquez dans la vie de la cité, et même plus, dès que vous vous exprimez, vous êtes fichés ».
D’ailleurs, il est tout à fait révélateur que le tout récent rapport du Comité des droits de l’homme de l’ONU, chargé de contrôler l’application du pacte international relatif aux droits civils et politiques en France, mentionne lui-même, au titre de ses recommandations, la question de la prolifération des fichiers.